Retrait du DEC en tourisme du permis de travail postdiplôme : ce que cela change pour les étudiants étrangers au Québec

Si tu étudies en tourisme dans un cégep québécois et qu’on t’a dit que ton diplôme ne donne plus accès au permis de travail postdiplôme (PTPD), ne panique pas tout de suite, mais ne prends pas non plus ça à la légère. La réalité est plus nuancée qu’une simple liste noire, et elle dépend de détails précis : le code de ton programme, la date à laquelle tu as demandé ton permis d’études, et la version de la liste en vigueur à ce moment-là. Voici ce que disent vraiment les règles actuelles, sans arrondir les coins.

Ce qui s’est vraiment passé

Le 25 juin 2025, IRCC a retiré 178 domaines d’études de la liste des programmes admissibles au critère relatif au domaine d’études du PTPD, tout en en ajoutant 119 nouveaux liés aux priorités d’Entrée express. Le 4 juillet 2025, IRCC a réintégré les domaines qui avaient été retirés quelques jours plus tôt.

Important : IRCC a aussi précisé qu’aucun domaine ne sera ajouté ni retiré de cette liste pendant toute l’année 2026. Le portrait est donc gelé pour l’instant, mais ce n’est pas parce qu’un domaine est absent de la liste actuelle qu’il l’a toujours été, ni qu’il le restera pour toujours.

Ce critère relatif au domaine d’études ne s’applique de toute façon qu’aux diplômés qui ne sont pas au baccalauréat, à la maîtrise ou au doctorat, c’est-à-dire aux programmes collégiaux, polytechniques ou professionnels comme un DEC.

Le DEC en tourisme est-il concerné ? Vérifie ton code, pas juste le nom du programme

C’est le point le plus important et le plus souvent mal compris : IRCC ne travaille pas avec des noms de programmes ni avec les codes québécois (comme 414.A0), mais avec les codes de la Classification des programmes d’enseignement (CPE), à six chiffres.

Le nom du programme ou son code québécois, comme 414.A0, ne suffit pas à confirmer son admissibilité. Demande à ton établissement le code CPE à six chiffres qu’il associe officiellement à ton programme, puis vérifie-le toi-même dans la liste officielle des domaines d’études admissibles sur Canada.ca. C’est la seule façon de savoir avec certitude si ton diplôme te met à l’abri du critère ou non.

N’oublie pas non plus l’exigence linguistique

Le code CPE n’est pas la seule nouvelle condition. Pour une demande de PTPD présentée le 1er novembre 2024 ou après, un diplômé d’un programme collégial comme un DEC doit généralement fournir les résultats d’un test linguistique reconnu et atteindre au moins le niveau NCLC 5 en anglais ou en français, dans les quatre compétences (compréhension orale, expression orale, compréhension écrite, expression écrite). C’est une exigence distincte du critère relatif au domaine d’études, et tout aussi importante.

Les autres conditions générales du PTPD restent aussi de mise : avoir étudié à temps plein, sauf pendant le dernier semestre, dans un programme et un établissement admissibles d’une durée d’au moins huit mois — ou 900 heures pour certains programmes offerts au Québec — et présenter ta demande de PTPD dans les 180 jours suivant la confirmation que tu as réussi ton programme.

Qui est protégé, et à partir de quelle date ça compte vraiment

C’est ici que beaucoup de gens se trompent : la date déterminante n’est pas la date où tu as commencé ton programme au cégep, mais la date à laquelle tu as présenté ta demande de permis d’études.

  • Demande de permis d’études présentée avant le 1er novembre 2024 : aucun critère relatif au domaine d’études ne s’applique à toi, peu importe ton programme.
  • Demande présentée le 1er novembre 2024 ou après : ton code CPE doit avoir été admissible soit lorsque tu as présenté ta demande de permis d’études, soit lorsque tu présentes ta demande de PTPD. S’il figurait sur la liste à l’une de ces deux dates, tu satisfais au critère relatif au domaine d’études, même si la liste a changé entre-temps.

Autrement dit, deux étudiants inscrits au même DEC peuvent être dans des situations différentes selon la date de leur demande de permis d’études. Comme la liste est gelée pendant toute l’année 2026, un code actuellement absent ne pourra toutefois pas redevenir admissible au cours de cette année. Vérifie ce détail sur ton reçu de demande, pas de mémoire.

le campus d'un cégep québécois en automne

Ce que ça change concrètement si tu n’es pas couvert

Si ton domaine d’études n’est pas (ou plus) admissible et que tu ne bénéficies d’aucune protection liée à la date de ta demande, tu ne pourras pas obtenir de PTPD. Tu perds alors l’accès à un statut de travailleur ouvert, cette liberté de travailler pour n’importe quel employeur sans démarche additionnelle. Il faudra alors passer par un autre type de statut avant l’expiration de ton permis d’études.

Les vraies options pour rester et travailler au Québec

Sans PTPD, il reste des chemins, mais aucun n’est aussi simple qu’un permis ouvert, et certains sont plus étroits que ce qu’on te fera parfois croire.

Permis de travail avec une EIMT

Si un employeur québécois veut t’embaucher, il peut demander une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) auprès de Service Canada. Il existe un traitement simplifié pour une liste précise de professions au Québec, mise à jour chaque année.

Vérification faite sur la liste en vigueur du 24 février 2026 au 23 février 2027 : les métiers typiquement associés au tourisme, comme réceptionniste d’hôtel, guide touristique ou agent de voyages, n’y figurent pas. Une EIMT régulière reste possible, mais la démarche est plus exigeante pour l’employeur, notamment parce qu’il doit fournir des preuves de recrutement. Ne présente donc pas le traitement simplifié comme une solution facile pour ces métiers précis ; vérifie plutôt, avec l’employeur, si ta profession fait partie de la liste en vigueur au moment de ta démarche.

À Montréal et à Laval, une difficulté supplémentaire s’applique en 2026 : jusqu’au 31 décembre 2026, certaines demandes d’EIMT pour des postes à bas salaire situés dans ces régions économiques ne sont tout simplement pas traitées. Les emplois touristiques cités risquent précisément d’être concernés, sous réserve du salaire offert. Des exemptions existent notamment pour l’agriculture, la construction, la fabrication d’aliments et de boissons, les écoles primaires et secondaires, la santé, l’assistance sociale et certains services de garde. Vérifie donc le salaire offert, le lieu de travail exact et les exemptions possibles avant de considérer cette voie comme réaliste dans la région de Montréal.

une réceptionniste d'hôtel accueille des clients à la réception

Mobilité Francophone, si tu es prêt à quitter le Québec

Le programme fédéral de Mobilité Francophone permet à un employeur situé hors Québec d’embaucher un travailleur francophone sans passer par une EIMT. Si l’Ontario, le Nouveau-Brunswick ou une autre province t’intéresse, c’est une voie généralement plus simple pour l’employeur, puisqu’elle est dispensée d’EIMT. Ça ne veut pas dire instantané : l’employeur doit tout de même déposer l’offre d’emploi dans le Portail des employeurs et payer les frais de conformité applicables, et toi obtenir un permis lié à cet employeur précis. Cette voie ne s’applique tout simplement pas si tu veux rester au Québec.

Permis de travail ouvert pour conjoint : des critères resserrés depuis 2025

Depuis le 21 janvier 2025, les règles sont beaucoup plus strictes qu’avant. Le conjoint ou la conjointe d’un étudiant international n’est admissible à un permis de travail ouvert que si l’étudiant suit l’un des programmes suivants : une maîtrise d’au moins 16 mois, un doctorat, certains diplômes professionnels universitaires précis (droit, médecine, médecine dentaire, pharmacie, médecine vétérinaire, optométrie, certains programmes en sciences infirmières ou en enseignement), ou un programme admissible dans le cadre de projets pilotes désignés.

Un DEC, y compris un DEC en tourisme, ne fait pas partie de cette liste. Le conjoint d’un étudiant en DEC n’est donc généralement pas admissible à ce permis ouvert par ce biais.

Si ton conjoint ou ta conjointe est plutôt titulaire d’un permis de travail (et non d’un permis d’études), l’admissibilité à un permis ouvert dépend de la catégorie d’emploi occupée et de la durée de validité restante du permis. Les règles ont changé récemment et sont précises : vérifie-les au cas par cas sur Canada.ca plutôt que de te fier à une règle générale.

D’autres exemptions EIMT possibles

Certains accords internationaux, comme l’Accord Canada-Union européenne (AECG/CETA) ou l’accord Canada-Corée, offrent des dispenses d’EIMT pour des professions désignées selon ta nationalité. Ça vaut la peine de vérifier si tu y es admissible.

le centre-ville de Montréal au coucher du soleil

Résidence permanente : le PEQ n’est pas une porte automatique cette année

C’est la partie où il faut être le plus prudent, parce que le PEQ a beaucoup changé.

Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), volet Diplômés du Québec

Le volet Diplômés du Québec avait été suspendu, puis rouvert temporairement pour une période de deux ans, du 2 juillet 2026 au 2 juillet 2028. Mais attention : la réception des demandes de sélection permanente n’est ouverte que du 2 juillet au 31 octobre 2026, et une condition précise s’applique pour cette fenêtre : il faut avoir obtenu, au Québec, un diplôme admissible (DEC technique, DEP, baccalauréat, maîtrise ou doctorat) au plus tard le 19 novembre 2025.

Concrètement, si tu termines ton DEC en tourisme en 2026, tu ne remplis pas cette condition pour la fenêtre actuelle. Ce n’est pas nécessairement une porte fermée pour toujours : d’autres périodes de réception pourraient s’ouvrir plus tard avec des conditions différentes, mais tu ne peux pas compter sur le PEQ comme solution immédiate cette année si ton diplôme n’est pas encore en main.

Pour ceux qui remplissent les conditions de réception, parmi les principales conditions du volet Diplômés du Québec : un diplôme admissible obtenu au cours des 36 mois précédant la demande, avoir séjourné au Québec pendant au moins la moitié du programme d’études, un français oral de niveau 7 et un français écrit de niveau 5 sur l’Échelle québécoise. Il n’y a pas d’exigence d’expérience de travail ni d’emploi en cours pour ce volet, contrairement à ce qu’on lit parfois.

Cette liste n’est toutefois pas exhaustive : il faut aussi être légalement au Québec au moment de la demande, avoir 18 ans ou plus, avoir l’intention réelle de t’établir et de travailler au Québec, prendre un engagement d’autonomie financière, et respecter toute clause de retour au pays liée à une bourse d’études. Si un conjoint ou une conjointe t’accompagne, un français oral de niveau 4 lui sera aussi demandé. Vérifie l’ensemble des conditions générales et spécifiques sur Québec.ca avant de déposer une demande.

Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ)

Le PSTQ, géré via la plateforme Arrima, fonctionne par points selon ton capital humain et tes liens avec le Québec. Un diplôme québécois te donne des points, tout comme l’âge, le français et une expérience de travail pertinente. Mais les invitations à présenter une demande ne se font pas simplement en atteignant un score fixe : elles peuvent cibler des professions, des catégories d’emploi ou des besoins régionaux précis, et ça change d’un tirage à l’autre.

Les métiers du tourisme comme réceptionniste d’hôtel, agent de voyages ou guide touristique sont généralement classés dans la catégorie FEER 4 (formation, études, expérience et responsabilités), ce qui les place dans le volet 2 du PSTQ. Ce volet exige normalement deux années d’expérience dans la profession principale au cours des cinq dernières années, dont au moins une année acquise au Québec. Ce n’est donc pas une voie ouverte dès la sortie du cégep : elle suppose d’abord d’avoir accumulé cette expérience, par exemple grâce à un permis de travail obtenu via une EIMT. Avant de miser sur cette voie, vérifie les exigences précises pour ta profession sur Québec.ca : elles ne sont pas les mêmes pour tous les métiers.

un guide touristique accompagne un groupe dans le Vieux-Québec

Ta feuille de route pratique

Face à cette situation, mieux vaut avancer avec des vérifications précises plutôt qu’avec des suppositions :

  1. Demande à ton cégep le code CPE exact de ton programme et vérifie-le toi-même dans la liste officielle des domaines d’études admissibles au PTPD sur Canada.ca.
  2. Retrouve la date exacte à laquelle tu as présenté ta demande de permis d’études (pas la date de ton inscription au cégep) : c’est elle qui détermine si le critère relatif au domaine d’études s’applique à toi.
  3. Pendant tes études, ton permis d’études t’autorise à travailler jusqu’à 24 heures par semaine hors campus pendant les sessions régulières, et à temps plein pendant les congés prévus au calendrier scolaire. Profites-en pour bâtir une expérience solide et des liens avec un employeur.
  4. Avant la fin de tes études, discute avec un employeur potentiel des options réalistes : EIMT régulière (pas seulement simplifiée), exemptions selon ta nationalité, ou toute autre voie applicable à ta situation. Garde en tête que ton permis d’études cesse d’être valide 90 jours après la confirmation écrite de réussite de ton programme, même si une date plus lointaine est imprimée sur le document : ne compte pas sur des mois supplémentaires qui n’existent pas.
  5. Si tu vises la résidence permanente, suis les prochaines périodes de réception du PEQ et vérifie les exigences précises du PSTQ pour ta profession, plutôt que de supposer qu’un programme t’est automatiquement ouvert.

Vu la complexité et les changements fréquents de ces règles, un consultant en immigration réglementé ou un avocat spécialisé peut t’éviter des erreurs coûteuses, surtout si ta situation ne correspond pas exactement aux exemples les plus courants.

En résumé

Le dossier du PTPD et du DEC en tourisme n’a rien d’une règle simple à appliquer d’un coup de tampon. Tout dépend du code CPE exact de ton programme, de la date de ta demande de permis d’études, et des fenêtres de réception en vigueur pour les programmes de résidence permanente. La bonne nouvelle, c’est que ces informations sont vérifiables précisément ; la moins bonne, c’est qu’il faut vraiment prendre le temps de le faire plutôt que de se fier à des généralités.

Foire aux questions

Mon DEC en tourisme est-il automatiquement exclu du PTPD ?
Pas nécessairement. Ça dépend du code CPE exact de ton programme et de la date à laquelle tu as présenté ta demande de permis d’études. Vérifie les deux avant de conclure quoi que ce soit.

La date qui compte pour les droits acquis, c’est la date d’inscription à mon cégep ?
Non. C’est la date de ta demande de permis d’études qui détermine si le critère relatif au domaine d’études s’applique à toi.

Puis-je profiter du traitement simplifié de l’EIMT pour un poste de réceptionniste d’hôtel ou de guide touristique ?
Pas selon la liste en vigueur du 24 février 2026 au 23 février 2027 : ces professions n’y figurent pas. Une EIMT régulière reste possible, mais demande davantage de démarches de la part de l’employeur.

Mon conjoint peut-il obtenir un permis de travail ouvert pendant que je termine mon DEC ?
En général, non. Depuis janvier 2025, le permis ouvert du conjoint d’un étudiant est réservé à des programmes précis (maîtrise longue, doctorat, certains diplômes professionnels universitaires, projets pilotes désignés), qui n’incluent pas un DEC.

Le PEQ, volet Diplômés du Québec, est-il ouvert aux titulaires d’un DEC en tourisme obtenu en 2026 ?
Pas pour la période de réception actuelle (2 juillet au 31 octobre 2026), qui exige d’avoir obtenu son diplôme au plus tard le 19 novembre 2025. Surveille les prochaines fenêtres de réception.

Que faire si mon permis d’études expire avant que j’aie trouvé une solution ?
Un statut de visiteur peut te permettre de rester légalement au Canada le temps de finaliser tes démarches, mais il ne donne pas le droit de travailler et ne mène pas toujours à un nouveau permis de travail depuis l’intérieur du pays. Vérifie les conséquences précises avec un conseiller avant de t’y engager.